L’échappée

Après la mort de ma grand-mère, j’ai exploré en images un territoire mouvant et multiforme. Intime, géographique, familial. A la recherche de celle que j’aimais et qui venait de s’échapper, j’ai d’abord couru entre les maisons et les bords de mer d’un sud qui n’avait plus de sens, qui était devenu étranger sans elle.

Alors j’ai continué à chercher, plus loin, encore, avant d’entendre à nouveau le bruissement de ses pas dans des lieux que je ne connaissais pas, et qui pourtant faisaient déjà partie de moi. Cette quête a durée plusieurs années. Elle m’a guidée à travers le choc de sa mort, la recherche de mes origines, le deuil. Le souvenir. Des lieux, des paysages, des sensations – beaucoup. Aujourd’hui, ces images se réunissent, chargées de tous ces instants – les dépassant – mêlant passé et présent, et s’articulant autour d’une géographie affective.

Les photographies s’ajoutent les unes aux autres, et donnent à voir dans leur épaisseur tout ce qui ne se dit pas, mais qui se devine. Il y a, dans le désordre : le souvenir d’elle alors que je n’étais pas encore née, le croisement de sa vie avec la mienne, la petite fille que j’étais, la femme qui disparaissait déjà. La brûlure de mes étés là bas. De l’eau, beaucoup. Mes cheveux, emmêlés par le sel et le vent. Ses secrets, sa pudeur, ses collines aveyronnaises étouffées par la chaleur. L’écho des fantômes et des ombres qui nous précédent. Et par dessus tout, un amour brut, silencieux, que nous ne savions pas dire.

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